Homélie du Père Grégoire Le Bel
Jérémie 20, 10-13 / Psaume 68 (69) / Romains 5, 12-15 / Matthieu 10, 26-30
« Que ferais-tu si tu apprenais que tu allais mourir dans l’heure ? » demande-t-on un jour au jeune Louis de Gonzague au milieu d’une récréation... “Je continuerais à jouer, comme je le fais maintenant”.
Qu’est-ce que cela veut dire sur un plan spirituel ? C’est affirmer que sa vie est ajustée, même dans ses temps de repos, de détente. Ajustée à quoi ? Plutôt ajustée à qui… Ajustée à Dieu. C’est une autre manière d’exprimer une maxime qui est au cœur de la vie jésuite : « En tout aimer et servir. » Oui aimer et servir en toute chose. Et à chaque instant à l’image du Christ.
Les passages proposés par la liturgie dominicale peuvent être un écho de cette réponse étonnante d’un adolescent du XVI ème siècle qui était destiné à une vie de cour, de luxe et d’intrigue, un adolescent qui a choisi de se dépouiller pour suivre le Christ dans la Compagnie de Jésus, qui a choisi de se rendre disponible pour les pestiférés de Rome, peste dont il mourra à 23 ans et que l’Église fête le 21 juin.
Ce qui unit ces passages et cette figure dont l’Église fait mémoire aujourd’hui, c’est la confiance. Une confiance sans borne, sans limite. Une confiance qui s’appelle la foi. Une confiance basée sur une relation d’amour entre Dieu et sa création, entre Dieu et chacun d’entre nous.
- Confiance au milieu de la tempête de la calomnie comme nous le présente le livre de Jérémie.
- Confiance du palmiste qui endure l’insulte. Une insulte qui vise Dieu et dont il éprouve le tourment.
- Confiance de saint Paul qui rappelle notre condition de pécheur, c’est à dire marquée par cette tendance naturelle de se détourner de Dieu, de refuser notre condition de filles et fils de Dieu appelés à la vie.
- Confiance insufflée par Jésus dans un évangile qui parle de ceux qui tuent les corps, un évangile qui fait sans doute écho aux persécutions de l’Église naissante.
Mais d’où vient cette confiance ? Comment pouvoir affirmer cette foi au milieu de la calomnie, de l’insulte, de notre expérience personnelle du péché, ou de la persécution ?
Cette confiance, vient d’une relation. Cette confiance vient d’une parole de mission qui a été adressée à un obscur prêtre dans un village non loin de Jérusalem. Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations (Jérémie 1, 5).
Cette confiance vient du cri de celui qui s’est tourné vers le Seigneur et qui a vu que les pauvres étaient les préférés de Dieu, que l’humilité était le chemin le plus sûr pour aller à Dieu. C’est une confiance qui naît de la contemplation de la création, une création qui ne cesse de chanter la gloire de Dieu.
Cette confiance vient de la transmission et la réception du récit étonnant de la mort de Jésus, de sa résurrection d’entre les morts et de l’envoi pour annoncer la bonne Nouvelle. « La mort est morte ». La seule loi qui ait du sens est celle de l’amour reçu et donné, celle de l’attention au plus petit, celle du partage.
Le péché qui marque notre existence humaine, ce repli quasi instinctif sur moi, ce désir de puissance, cette peur de manquer, de ne pas être aimé. Tout cela est balayé, remplacé par la bonne nouvelle que nous sommes fils et filles de Dieu. Fils et filles de Dieu… Que peut-il bien nous arriver alors ? Nous sommes fils et filles de Dieu.
Cette confiance peut sembler un saut dans l’inconnu, car il faut bien avouer qu’on parle ici d’abandon. Mais cet abandon n’est pas une démission, démission de notre désir, de nos sens, de notre intelligence. Au contraire. Cette confiance est le fruit de l’usage ajusté de tout cela. Dieu veut que j’use de mon intelligence pour m’approcher de lui. Dieu veut que j’écoute mon désir, que je le purifie pour réaliser qu’au plus intime de ma vie, un feu est là présent, m’invitant à user de ma liberté pour le déployer. Dieu veut que toutes les dimensions de ma personne, de ma vie y participent, car nous sommes ainsi créés, un corps intimement lié à un esprit.
Chers amis, vous voyez que pour nous chrétiens, la peur n’a plus de sens. Certes on peut la ressentir, mais elle est balayée par une promesse qui résonne dans tout l’Évangile : J’ai vaincu le monde. Il est temps à notre tour de prendre le relais de cette bonne nouvelle, de la proclamer en pleine lumière. Comment me direz-vous ? Ça je vous laisse y répondre, car tel est l’enjeu de la retraite que vous faites ici. Alors ne craignez pas. Avec le Christ, la vie est un éternel été comme nous le fêtons aujourd’hui.
P. Grégoire Le Bel, Manrèse, 21 juin, 12ème dimanche du Temps ordinaire, Saint Louis de Gonzague
